Le Mont Valérien  

Serrer son pardessus, en relever le col
Remonter la rue, passer devant l’école
Enfoncer ses mains profond dans les poches,
Ne pas penser à demain, le sommeil est proche.
Coûte que coûte tenir, ne pas perdre courage
Trouver où dormir, un coin dans les parages
Et remonter la rue sous la neige dans la nuit
Obstiné et résolu, on s’approche de minuit

Raser de près les murs, croiser quelques mariolles
Qui se donnent des allures en se moquant des folles.
Arpenter le tarmac, saluer les copines,
Les vieilles putes et leurs macques coiffés de brillantine.
Dans les cafés, au comptoir, les hommes accoudés
Se racontent des histoires, et la foule assemblée
Dans les vapeurs d’alcool s’enivre de musique
S’exclame et batifole à leurs propos épiques.

Assoupie sur un banc une mère cajole
Et serre tendrement son fils comme une idole,
La mine dans les nuages, le sourire nonchalant
Ce sont d’augustes présages, les joies de l’enfant
Voir s’ébattre les gosses, dans la foule, sous la neige
Et leurs amours précoces dans leurs rires d’arpège
Dansent des farandoles, créent des jeux innocents
Quand sous les banderoles badinent leurs parents

Étales sur les gondoles, les grands crus, les gigots
Tout ce dont on raffole, chocolats, croissants chauds.
Et les sauces dégueulent des viandes, des friands,
Un hiver à la Bruegel généreux et flamboyant.
S’étirent dans les boutiques les dentelles, les fourrures
Et les femmes chics s’émeuvent aux devantures.
Les jeunes filles ingénues rient de leurs avantages,
La poitrine battue sous leurs fins corsages.

Non loin, sur la place, les couples clairsemés
Se parlent à voix basse, s’échangent leurs secrets.
Derrière les rideaux les amants court-vêtus
S’échangent en cadeau de longs baisers émus.
Le monde va ainsi: on se quitte le jour
On se retrouve la nuit, on s’amuse des amours.
Mais puisqu’il faut se coucher et puisque tout va bien
Ce soir je dormirai seul au Mont Valérien.