Père Pétuel  

Dans la rue, il marche tout seul.
Rien à dire, ou pas envie,
Il ne parle jamais à personne,
Ou plutôt si, il parle tout seul.
Il trace son chemin, traverse les humains,
Les yeux grand ouverts mais il n’y voit rien.

Il erre droit devant, une godasse après l’autre
Il se fout des passants, des badauds et les autres…
C’est vrai qu’il a l’air un peu hagard
Quand il marche comme ça de la plage à la gare.
C’est ainsi, la rumeur s’empare de lui :
« C’est un pauvre clochard, il n’a pas de chez lui ! »

Depuis longtemps il marche dans nos ruelles noires,
Sans jamais s’asseoir pour mendier, ni pour boire,
Et par tous les temps, et partout le soir,
Il traîne sa folie le long de l’asphalte noir.

C’est vrai qu’il a l’air un peu bizarre
Quand il marche comme ça à travers le brouillard.
C’est ainsi, la rumeur colle à lui comme à la pluie :
« C’est un ancien bagnard, mais on ne sait plus qui ! »

C’est un drôle de vieil homme, l’air un peu absent,
La barbe jusqu’aux pieds, elle a au moins cent ans,
Les frusques dépouillées, un peu sales, et sentant,
Le rat crevé, le tabac brun et pourtant
Essayez de lui parler en continuant de marcher,
Car s’il s’arrêtait ça pourrait le tuer.
Demandez-lui quand même : pourquoi qu’il va où ?
C’est pas primordial, mais à moi, il ne répond pas du tout.

C’est vrai qu’il a l’air un peu en retard
Quand il marche comme ça vers le corbillard.
C’est ainsi la rumeur l’achève ici,
C’est un mort ambulant, un cadavre exquis.
Allez Père Pétuel, continue vers elle,
Tu traverseras les murs de ce monde cruel.
La légende de tes pas t’enverra au ciel,
Plus besoin de marcher, bientôt tu auras des ailes.