Il s’appelle Nicolas ou Pierre, il est ministre, fonctionnaire
Tellement trempé dans les affaires que les juges lui collent au derrière.
Il s’enferme dans son ministère, cherche dans les livres un truc à faire,
Un moyen d’régler ses misères et puis de rev’nir aux affaires.
C’est pourtant pas un littéraire, mais il s’dit : « Pourquoi donc m’en faire ?
Afin d’relancer ma carrière, j’vais m’inspirer d’Adolphe Thiers ! »
« J’pourrais faire mieux qu’Maurice Papon, mieux qu’Bigeard et Napoléon.
Ça m’rapport’ra un tas d’ pognon et la médaille de la légion. »
Il arme sa bande de porte-sabre, son frère roussin, son fils gendarme,
Leur dit « ça va faire du vacarme, chargez de suite, présentez armes ! »
Il joint le sabre au goupillon, afin de donner une leçon
Aux prêcheurs de révolution, Il se présente aux élections.
Il est l’élu, il a gagné, grâce aux votes des « J’suis obligé ! »
Il s’voit déjà le Foutriquet en train d’sabrer les ouvriers.
Ceux-là sont déjà dans la rue, réclament leur droit qu’ont disparu,
Comme les canuts ils vont tout nu, depuis qu’ils n’ont plus la Sécu.
La République, ils l’ont soldée, à une brochette de gratte-papier,
Des bandits très grassement payés… Pour s’endormir à l’Assemblée !
Les travailleurs désemparés s’en remettent à leurs délégués.
Eux aussi sont très bien payés pour amadouer les salariés.
Et les prolos font bien les fiers, ils ont tous un 4x4 d’enfer.
La grève ? Ben, ils peuv’pas la faire, z’ont des crédits jusqu’au cimetière !
Pendant ce temps le président fait monter la pression doucement.
A coups de lois et d’amend’ments, il embastille les résistants.
Les jeunes sont voués à la galère, les vieux crèvent tous dans la misère,
Les journalistes coopèrent. Les étrangers ? Dans les charters !
Puis un jour tout le monde est dehors pour j’ter ses porcs par-dessus bord
Dès l’premier jour soixante-huit morts j’tés dans la Seine par les pandores.
Le second jour ça d’vient l’enfer , le troisième jour, c’est comme la guerre.
L’armée des pros elle sait y faire, tuer des pékins c’est son affaire.
Cette chanson à l’air d’une fiction, mais fais-y tout de même attention.
T’as beau y croire aux élections, ça finit quand même en baston.
Ils l’ont d’jà fait, ils peuv’ le ‘faire, tuer des prolos ça coûte pas cher,
Les massacrer comme l’a fait Thiers, ça calme les autres la bonne affaire.
Qu’ce soit à Gênes ou à Paris, à Göteborg ou plus près d’ici,
Les bourgeois ne font pas d’chichis pour protéger leurs appétits.
Alors gaffe ami prolétaire, si tu laisses faire, ils vont l’refaire.
Alors astique ta barre en fer, ta marmite et ton revolver.
Si tu dis « la canaille j’en suis », ne compte pas sur le Saint Esprit,
Ressors plutôt tout tes outils et marche sur Versailles et Neuilly,
Histoire de montrer au pot de fer, c’que vaut encore le pot de terre,
Et avant qu’il t’fasse des misères… Casse donc les reins du prochain Thiers ! |